Delly Sesanga: « la constitution ne peut être modifiée sur la seule volonté de la majorité »

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Le président du parti Envol, Delly Sesanga, a vivement critiqué le projet de changement de la Constitution porté par la majorité présidentielle, estimant que la Loi fondamentale ne saurait être l’apanage du camp actuellement au pouvoir.

S’exprimant lundi lors d’un Space Live, l’opposant a développé une argumentation juridique, historique et politique pour contester l’initiative visant à modifier la Constitution de 2006. Selon lui, le Parlement issu des élections de 2023 ne dispose pas de la légitimité nécessaire pour agir comme pouvoir constituant originaire.

« Les députés ont reçu du peuple un mandat législatif consistant à élaborer des lois et à contrôler l’action du gouvernement, et non celui de remettre en cause la Constitution », a-t-il soutenu.

Delly Sesanga a rappelé que la Constitution actuellement en vigueur est le fruit d’un large consensus national obtenu à l’issue des négociations ayant permis de mettre fin aux conflits armés. À ses yeux, ce texte dépasse les intérêts des majorités politiques passagères et ne peut être modifié sur la seule volonté d’un camp politique.

Pour appuyer son raisonnement, il est revenu sur les débats qui avaient précédé l’adoption de la Constitution de 2006. Citant notamment le rôle joué à l’époque par l’ancien président de l’Assemblée nationale de transition, Olivier Kamitatu, il a affirmé que la limitation des mandats présidentiels avait été obtenue grâce à la mobilisation de l’opposition non armée et de la société civile, alors que plusieurs grandes formations politiques de l’époque étaient favorables à des mandats renouvelables sans limite.

L’opposant a également évoqué une intervention parlementaire marquante de cette période, selon laquelle accepter qu’un dirigeant contourne ponctuellement les règles démocratiques pouvait être toléré, mais lui permettre de le faire indéfiniment risquerait de replonger le pays dans les heures les plus sombres de son histoire politique.

Au-delà des considérations juridiques, Delly Sesanga estime que le débat constitutionnel masque en réalité une volonté d’échapper à l’obligation de rendre des comptes. Il a notamment évoqué les dépenses engagées dans le secteur de la sécurité nationale entre 2019 et 2025, qu’il chiffre à 13,65 milliards de dollars, affirmant que de nombreuses zones d’ombre subsistent quant aux procédures de passation des marchés et à l’utilisation de ces fonds publics.

Pour le leader d’Envol, l’enjeu de la controverse actuelle dépasse la seule question d’un éventuel troisième mandat présidentiel. Il s’agit avant tout, selon lui, de préserver les mécanismes de contrôle de la gestion publique et de garantir que nul, y compris les détenteurs du pouvoir, ne puisse se soustraire à l’autorité de la loi.

Cette sortie intervient alors que le débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle continue d’alimenter les discussions au sein de la classe politique congolaise, divisant partisans et opposants à toute modification de la Constitution de 2006.

Loule Kitoko

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