À Kinshasa, la quête de performances sexuelles vire au drame. En quelques jours, deux hommes ont perdu la vie après avoir ingéré des substances présentées comme des stimulants de la virilité. Ces morts tragiques ne sont que la partie visible d’un phénomène bien plus vaste, que les autorités sanitaires semblent ignorer.
Le premier décès est survenu dans la nuit du 2 octobre, à Matadi-Kibala (Mont-Ngafula). La victime aurait avalé un dangereux cocktail mêlant Power Mutu, lait en poudre, comprimé de Vigoral et tramadol un opioïde puissant avant un rapport sexuel. Quelques jours plus tard, à N’sele, un autre homme est mort après avoir consommé une racine vendue comme remède miracle contre la fatigue sexuelle. Interpellée, la vendeuse du produit refuse de le tester elle-même pour prouver son innocence.
Ces deux cas ne sont qu’un échantillon d’une réalité inquiétante. Dans les quartiers populaires de Kinshasa, les décès et malaises liés à ces produits circulent souvent sous silence, sans autopsie ni enquête, par peur du scandale. Les rues de la capitale regorgent de vendeurs ambulants proposant des aphrodisiaques artisanaux : poudres, gélules, décoctions ou racines, vendus comme des “boosters” miracles.
“Mela kisi oyo po moteur ezonga ya sika” (Frère, avec ça, ton moteur redémarre comme neuf), promettent-ils aux passants.
Ces substances, vendues à ciel ouvert, échappent à tout contrôle sanitaire. Certaines sont commercialisées avec la bénédiction de pseudo-pharmaciens ou d’herboristes improvisés.
Face à cette situation alarmante, le silence des autorités étonne. Ni le ministère de la Santé, ni la Direction de la pharmacie, ni les services de contrôle ne semblent s’en émouvoir. Aucun plan de sensibilisation, aucune campagne d’alerte, aucune mesure de régulation visible.
Pendant ce temps, le dopage sexuel prospère un commerce florissant qui coûte déjà des vies humaines.
Combien d’autres devront mourir avant qu’une réaction ne soit enfin engagée ?
Caroline Kaja







