La situation des droits humains dans l’Est de la République démocratique du Congo s’est fortement dégradée entre janvier 2025 et janvier 2026. C’est ce que révèle un rapport alarmant publié par la Société civile congolaise à travers le Comité de crise pour la paix et la sécurité (cCPS-RDC), documentant de graves violations dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Selon ce rapport, cette détérioration est consécutive à la prise de la ville de Goma le 27 janvier 2025, suivie de l’extension du contrôle des forces rwandaises et du mouvement AFC/M23 vers Bukavu et Uvira. Les populations civiles en paient le plus lourd tribut.
Le document fait état d’au moins 11 721 civils tués, victimes d’exécutions sommaires et d’opérations armées. Il recense également 743 arrestations arbitraires, visant principalement des activistes et des leaders communautaires, ainsi que 1 792 cas de torture et de traitements cruels, inhumains ou dégradants. Les violences sexuelles demeurent massives, avec 2 121 cas de viols, touchant aussi bien des adultes que des mineurs.
L’insécurité persistante a entraîné le déplacement forcé de près de deux millions de personnes, contraintes de fuir leurs habitations sous la menace des violences. Les organisations locales signalent en outre des pillages à grande échelle : 407 véhicules civils, humanitaires et privés emportés, de nombreuses habitations et commerces saccagés, ainsi que la destruction de 117 infrastructures, dont des établissements de santé.
Le rapport dénonce par ailleurs l’exploitation illégale des ressources naturelles, notamment le coltan et la cassitérite. En moyenne, huit camions par jour et deux hélicoptères par semaine transporteraient ces minerais hors du territoire congolais. Les pertes financières pour l’État sont estimées à 39,5 millions de dollars de recettes fiscales détournées, auxquelles s’ajoutent 11 millions de dollars liés aux factures d’électricité et d’eau.
Pour le CPS-RDC, l’ampleur et le caractère systématique de ces exactions constituent de graves violations du droit international humanitaire et des droits humains, susceptibles d’être qualifiées de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
Tout en soulignant que ces données demeurent partielles, en raison de l’insécurité et des difficultés d’accès aux zones affectées, la société civile congolaise appelle à une mobilisation urgente en faveur de la protection des civils, de la lutte contre l’impunité et de la restauration de l’autorité de l’État dans les territoires concernés.
Caroline Kaja







