Décentralisation : le CREFDL met en lumière le potentiel fiscal des communes de Kinshasa

La commune de Kasa-Vubu a accueilli, mardi 4 novembre 2025, un atelier de restitution de l’étude sur le potentiel fiscal de six communes de Kinshasa. Une initiative du Centre de Recherche en Finances et Développement Local (CREFDL), soutenue par l’Union européenne dans le cadre de son appui au partenariat entre l’UE et la République démocratique du Congo.

Kasa-Vubu, commune pilote

Devant un auditoire composé de chefs de services taxateurs, d’agents communaux, de représentants du centre d’ordonnancement et d’organisations de la société civile, les experts du CREFDL ont dévoilé les résultats d’une analyse fine de la gouvernance fiscale locale, menée sur les exercices 2021 à 2023.

À Kasa-Vubu, commune pilote du projet, le diagnostic met en évidence une mobilisation encore faible des recettes propres. Sur les 46 actes générateurs de recettes recensés, seuls 18 produisent effectivement des revenus. Six autres, bien qu’activés, ne sont pas recouvrés, entraînant une perte estimée à plus de 74 000 dollars. Pire encore, 28 actes demeurent inactifs, représentant un manque à gagner supérieur à 215 000 dollars.

Des pratiques irrégulières et une rétrocession en berne

Les experts ont également pointé du doigt la persistance de pratiques irrégulières : plusieurs taxes perçues localement ne figurent pas dans la nomenclature officielle des impôts et redevances des entités territoriales décentralisées (ETD). Par ailleurs, la rétrocession de 40 % des taxes d’intérêt commun entre la province et la commune n’est exécutée qu’à hauteur de 24,76 %.

Pour beaucoup de participants, ces chiffres traduisent les difficultés structurelles qui freinent la décentralisation financière. « Nous faisons face à un déficit de moyens, mais aussi de clarté dans les procédures », a confié un chef de service communal sous couvert d’anonymat.

Des pistes de réforme

Pour inverser la tendance, le CREFDL préconise un ensemble de réformes notamment digitalisation complète de la chaîne de la recette fiscale, renforcement des capacités administratives, promotion de la transparence et de la participation citoyenne. L’organisation suggère aussi la création d’une autorité locale des revenus et l’activation effective de l’Impôt Personnel Minimum (IPM), susceptible de représenter jusqu’à 64 % des recettes locales.

Vers une gouvernance locale renforcée

Au-delà des chiffres, l’enjeu est politique et social. En dotant les communes d’une meilleure autonomie financière, la décentralisation pourrait devenir un véritable levier de développement local. « Sans ressources locales, il n’y a pas de services publics durables », a rappelé un expert du CREFDL à la clôture des travaux.

Cette étude, financée par l’Union européenne, sera étendue aux cinq autres communes concernées avant une restitution globale prévue à la clôture de la Semaine de restitution 2025.

Joël Tshim’s

Laisser un commentaire