Dans un climat politique de plus en plus tendu en République démocratique du Congo, l’Alliance pour le Changement (A.Ch), parti de l’opposant Jean-Marc Kabund, a multiplié les attaques contre le régime du président Félix-Antoine Tshisekedi. Entre accusations de complot, dénonciation de l’influence du M23 et appel à la résistance populaire à travers l’article 64 de la Constitution, les cadres du parti affichent désormais une ligne radicale au sein de la nouvelle coalition baptisée « C64 ».
Lors de la matinée politique organisée samedi 23 mai au siège du parti, le secrétaire général de l’Alliance pour le Changement, Tonay Atwana Jean-Paleki, a dénoncé ce qu’il qualifie de « ciblage systématique » contre Jean-Marc Kabund. Selon lui, certaines manœuvres seraient orchestrées pour discréditer l’opposant à travers des acteurs supposément financés par le pouvoir.
« Ils sont en train de viser notre président Jean-Marc Kabund. Pourtant, selon l’audio, tout a été confirmé que le M23 est de l’autre côté », a affirmé Jean-Paleki.
Le secrétaire général s’en est également pris à certaines personnalités qu’il a qualifiées de « mendiants bourriques », affirmant qu’elles seraient payées pour insulter l’opposition. Il soutient que son parti était déjà informé de ces financements occultes avant même leur apparition publique. Plus grave encore, il établit un lien entre ces acteurs et les rebelles du M23, qu’il présente comme des « amis intimes de Kagame », accusés d’agir ensemble pour « finir les poches des autres ».
Face à ce qu’il considère comme une dérive autoritaire du régime, Tonay Atwana Jean-Paleki a lancé un avertissement direct au chef de l’État. Pour l’A.Ch, aucune révision ou modification de la Constitution ne sera acceptée.
Selon lui, le pouvoir serait aujourd’hui de plus en plus isolé :
« Ils comptaient sur la diplomatie. Pourtant, la diplomatie ne fait rien pour une personne ; c’est à toi d’agir pour réussir », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que même l’entourage du président serait « fatigué » et que ce dernier se retrouverait désormais « seul ».
Estimant que le pouvoir refuse d’organiser un dialogue national pour apaiser les tensions, l’opposition radicale semble désormais privilégier une autre stratégie.
« Nous sommes maintenant sur l’article 64 », a prévenu Jean-Paleki, faisant référence à la disposition constitutionnelle qui impose à tout Congolais de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation de la Constitution.
Dans le même élan, Dieudonné Alema Bopenza, président du comité Mont-Amba de l’A.Ch, a apporté des précisions sur la stratégie de la coalition « C64 ». Cette plateforme, qui regroupe plusieurs forces de l’opposition, se présente comme un rempart contre toute tentative attribuée à Félix Tshisekedi de se maintenir durablement au pouvoir.
Pour Dieudonné Alema Bopenza, la création du C64 est une réponse directe à ce qu’il considère comme une crise de légitimité du régime actuel. Selon lui, « les signes des temps » annoncent la fin imminente du système qu’il appelle « Tshilombo ».
« Nous avons pris l’initiative de former le C64 pour barrer la route à ce que Félix Tshisekedi cherche à s’éterniser au pouvoir. Il veut modifier la Constitution, et nous disons qu’il n’existe qu’une seule grande porte pour sortir de cette crise : le dialogue. Voilà pourquoi nous devons nous unir, comme nous l’avons fait avec cette coalition », a déclaré Dieudonné Alema Bopenza.
Ces déclarations marquent un tournant plus radical dans la stratégie de l’Alliance pour le Changement et de ses alliés. En liant les enjeux sécuritaires de l’Est à la situation politique intérieure et en brandissant ouvertement l’article 64, l’opposition congolaise semble se préparer à une véritable épreuve de force.
Alors que le débat autour de la Constitution continue de diviser la classe politique, la position de Jean-Marc Kabund continue de peser sur l’échiquier politique congolais. Reste désormais à savoir si cet appel à la résistance trouvera un écho suffisant au sein de la population pour infléchir la trajectoire du pouvoir en place.
Rose M.







