RDC : l’Association des Congolais Non Alignés rejette un dialogue de partage du pouvoir

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Il y a déjà une année que l’Est de la République démocratique du Congo est sous occupation rwandaise, avec l’appui de ses supplétifs de l’AFC/M23. Depuis le début de cette agression, cette partie du pays peine à recouvrer la sécurité et sombre davantage dans la misère. Pour l’opposition au régime du Président Félix Tshisekedi ainsi qu’une frange de la société civile, le dialogue national inclusif demeure la seule voie incontournable pour mettre fin à cette instabilité sécuritaire qui perdure dans l’Est du pays depuis plus de trente ans.

Au cours d’une interview accordée ce jeudi 29 janvier à Afrik-info.cd, le président national de l’Association des Congolais Non Alignés (ACNA), Me Derick Sylvain Mutombo, estime, avec une certaine réserve, que le dialogue national inclusif peut constituer un outil utile, mais insuffisant à lui seul pour mettre fin à l’insécurité persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Selon lui, le dialogue ne doit ni légitimer une agression étrangère, ni servir de raccourci politique face aux responsabilités régaliennes de l’État. Derick Mutombo révèle que l’ACNA, en tant que mouvement de pression, met l’accent sur la restauration de l’autorité de l’État sur toute l’étendue du territoire national, la défense de la souveraineté ainsi que la préservation de l’intégrité territoriale. Il précise également qu’un dialogue sincère entre Congolais, bien encadré, peut contribuer à corriger les fractures internes qui affaiblissent la cohésion nationale et rendent le pays vulnérable aux ingérences extérieures.

Comme d’autres acteurs politiques congolais, l’ACNA et son président national croient aussi à la capacité d’un éventuel dialogue national inclusif et sincère à s’attaquer aux causes profondes de la crise en RDC, notamment la prolifération des groupes armés, les déficits de gouvernance, la faiblesse de la cohésion nationale ainsi que les enjeux diplomatiques.

À ce propos, Me Derick Mutombo évoque notamment la nécessité de la clarification de la politique nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR), avec des mécanismes réalistes et contrôlés ; des réformes profondes de l’État ; la lutte contre la corruption ; l’amélioration de la gestion des ressources naturelles ; le renforcement des institutions locales ; la réconciliation entre les communautés ; la reconnaissance des souffrances des victimes ; la promotion d’un récit national unificateur ; ainsi que la définition d’une position nationale commune face aux agressions étrangères, appuyée par une diplomatie souveraine et des alliances stratégiques clairement définies.

« Le dialogue doit donc être orienté vers des solutions, et non vers un simple partage du pouvoir », a-t-il souligné.

Par ailleurs, le président de l’ACNA estime que, pour être crédible et efficace, ce dialogue doit être véritablement inclusif, sans exclusion arbitraire. Selon lui, les acteurs clés devraient inclure les institutions de la République, la majorité au pouvoir, l’opposition politique parlementaire et extra-parlementaire, la société civile organisée (confessions religieuses, organisations citoyennes, mouvements de jeunes et de femmes), les forces sociales et professionnelles (syndicats, monde académique, entrepreneurs), les autorités traditionnelles et communautaires, particulièrement celles des provinces affectées par les conflits, ainsi que la diaspora congolaise, en tant que force intellectuelle, économique et diplomatique.

Toutefois, Me Derick Mutombo estime qu’aucun groupe armé soutenu par une puissance étrangère ne peut être admis comme partie prenante politique, sous peine de banaliser l’agression et la violence.

« Pour éviter toute perception de manœuvre politique, l’Association des Congolais Non Alignés juge indispensables les conditions suivantes : un cadre clair et consensuel avec des termes de référence précis ; une facilitation crédible, de préférence congolaise ou africaine, acceptée par tous ; un cessez-le-feu vérifiable et un engagement réel à la désescalade sur le terrain ; l’exclusion de toute amnistie pour les crimes graves, notamment les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité ; la transparence du processus, y compris sur le financement et le suivi des résolutions ; ainsi qu’un mécanisme contraignant de mise en œuvre des recommandations issues du dialogue », a-t-il déclaré.

L’Association des Congolais Non Alignés réaffirme que la paix durable dans l’Est de la RDC ne viendra ni de l’improvisation ni de la capitulation politique. Le dialogue national ne peut être utile que s’il constitue un instrument au service de l’intérêt général, de la souveraineté nationale et de l’unité du peuple congolais, et non une fin en soi. L’ACNA appelle enfin à un sursaut patriotique, exhortant chaque Congolais à placer la République au-dessus des intérêts partisans.

Mathieu Kayemba

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