Analyse des discours et propositions sur le dialogue national
Par Roberto Tshahe Da Cruz
Dans le contexte politique complexe de la République Démocratique du Congo (RDC), marqué par des tensions internes, des défis sécuritaires persistants et des débats intenses autour de la cohésion nationale, certaines voix politiques se sont démarquées par leurs prises de position sur la nécessité d’un dialogue inclusif. Parmi elles, celle d’Emery Okundji Ndjovu, homme politique et ancien député national, retient particulièrement l’attention.
Un soutien clair au dialogue inclusif entre Congolais
Lors d’une interview accordée à 7sur7.cd le 19 novembre 2025, Emery Okundji a publiquement soutenu la démarche de dialogue inclusif proposée par Martin Fayulu, chef du parti ECIDE. Pour lui, cette initiative dépasse la simple formalité diplomatique : elle vise à « favoriser la paix et l’unité du pays » et à « renforcer la cohésion nationale ».
Okundji insiste sur l’importance d’un dialogue qui rassemble toutes les composantes de la société congolaise, sans exclusion, afin de répondre durablement aux défis politiques et sociaux qui minent la RDC. Selon lui, « sans cohésion entre Congolais, aucun accord, même signé à l’étranger, ne peut garantir la paix ».
Au-delà des accords diplomatiques : l’unité comme fondement de la paix
Cette position s’inscrit dans une logique plus large où Okundji ne se contente pas de réclamer des négociations de façade. Il souligne que les accords internationaux – comme ceux signés récemment à Doha ou à Washington – ne suffisent pas à eux seuls à pacifier durablement le pays.
Pour lui, la paix doit être ancrée dans la capacité des Congolais à dialoguer entre eux, à dépasser les divisions et à construire ensemble une trajectoire nationale commune. Dans cette perspective, le dialogue inclusif n’est pas seulement une question de méthode, mais un fondement de cohésion civique et démocratique.
Un positionnement cohérent avec ses interventions antérieures
L’appel de Okundji à un dialogue couvrant toutes les sensibilités n’est pas isolé dans son parcours politique. Il s’inscrit plutôt dans une trajectoire de défense du pluralisme et de l’expression démocratique. Plusieurs de ses déclarations antérieures montrent une constante : un refus des approches unilatérales ou exclusives.
Par exemple, il a récemment dénoncé la criminalisation de l’opposition politique, rappelant que le pluralisme est un pilier constitutionnel et qu’aucune force politique ne doit être réduite au silence ou assimilée à une rébellion pour justifier son exclusion des débats nationaux.
De même, lorsqu’il appelle à une approche consensuelle autour du processus électoral, il met l’accent sur le besoin d’apaisement et de participation collective pour éviter que les élections ne deviennent un facteur de division.
Coïncidence ou conviction ? L’évolution d’un discours
Il est intéressant de noter que le discours d’Okundji a évolué avec les enjeux nationaux. S’il y a quelques années il critiquait certaines médiations externes (notamment une proposition de dialogue imposée par l’Union africaine avec des groupes armés) comme étant inappropriées ou instrumentalistes, recentrer aujourd’hui sa critique vers la nécessité d’échanges directs, internes, et inclusifs montre une maturation de sa vision politique face aux réalités congolaises.
Cette évolution illustre une posture qui ne se positionne pas simplement contre quelque chose, mais qui propose une alternative structurée, fondée sur une véritable cohésion nationale.
Dialoguer, mais pour quoi ?
Pour Okundji, le dialogue inclusif ne se réduit pas à une plateforme de discussion : il est appelé à devenir un instrument de résolution des conflits, de consolidation démocratique, et de prévention des divisions politiques qui peuvent fragiliser l’État.
Sa proposition reflète une approche pragmatique qui reconnaît les limites des seuls accords diplomatiques, tout en soulignant que la construction d’une paix durable doit se faire à partir de l’intérieur, par des Congolais parlant entre eux, pour eux-mêmes et pour leur avenir commun.
Conclusion : une voix prophétique ?
Dans un climat politique où certains acteurs hésitent entre confrontation et compromis, la voix d’Emery Okundji se distingue par son appel à un dialogue vaste, profond et inclusif, axé sur l’unité nationale. Cela ne relève ni d’un simple soutien formel ni d’une stratégie politicienne : c’est une vision politique cohérente, centrée sur une paix qui ne peut être durable que si elle émerge de l’expression collective de toutes les parties prenantes.
Dans ce sens, qualifier Okundji de « prophète en avance » du dialogue inclusif en RDC n’est peut-être pas exagéré : il pose une perspective de dialogue non seulement comme une étape politique, mais comme une condition sine qua non de la renaissance démocratique et sociale du pays.







