Dans une sortie au ton grave et sans détour, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege alerte sur une dérive préoccupante au sommet des institutions de la République démocratique du Congo. En toile de fond : les démissions successives de Vital Kamerhe et Modeste Bahati Lukwebo, dans un contexte marqué par des tensions autour d’un éventuel projet de révision constitutionnelle.
Pour Mukwege, ces départs, au-delà de leur caractère politique, traduisent un malaise plus profond : celui d’un système où la loyauté envers le chef de l’État primerait sur la fidélité aux principes démocratiques. Il déplore notamment que des responsables politiques, après avoir exprimé des positions divergentes, en viennent à implorer la clémence du pouvoir, donnant ainsi l’image d’institutions fragilisées et soumises.
Dans son message, l’opposant congolais interpelle directement le président Félix Tshisekedi. Il l’exhorte à se méfier de son entourage, qualifié de « tambourinaires », accusé de nourrir un climat de flatterie intéressée. Selon lui, ces soutiens de circonstance, guidés par des ambitions personnelles, pourraient à terme fragiliser le pouvoir au lieu de le consolider.
Mukwege rappelle une réalité politique constante : ceux qui applaudissent aujourd’hui peuvent être les premiers à se désolidariser demain. Une mise en garde qui fait écho à l’histoire politique récente du pays, où des alliances solides en apparence se sont souvent révélées éphémères.
Au-delà des individus, c’est le fonctionnement même de la démocratie congolaise qui est questionné. Le Nobel insiste sur le rôle fondamental des élus : représenter le peuple et exercer un contre-pouvoir. Or, selon lui, la tendance actuelle montre une inversion des rôles, où la peur de sanctions politiques étouffe toute voix dissonante.
Dans une envolée empreinte de sagesse ancestrale, Denis Mukwege appelle à la dignité et au courage politique. Il invite les dirigeants à rester fidèles à leurs convictions, même face à la pression, rappelant que l’histoire retient davantage ceux qui ont résisté que ceux qui se sont soumis
En filigrane, son message est clair : pour préserver la stabilité du pays et la crédibilité des institutions, le président Tshisekedi doit s’entourer de conseillers sincères et privilégier l’intérêt général plutôt que les louanges faciles. Car, prévient-il, toute gouvernance bâtie sur la flatterie porte en elle les germes de sa propre fragilité.
Caroline kaja







