Invité sur le plateau de Jeune Afrique ce samedi 21 février, l’opposant congolais Jean-Marc Kabund a vivement critiqué la démarche du président Félix Tshisekedi concernant le dialogue politique. Selon lui, le chef de l’État « n’a pas raison de fixer de manière unilatérale des préalables », estimant que cette approche part « du problème » plutôt que de favoriser un consensus national.
Kabund a souligné la nécessité d’examiner les causes internes du conflit, notamment en lien avec le Mouvement du 23 mars (M23). « Le M23 restera avec les Congolais qui composent ce mouvement, nous n’allons pas tous les jeter dans l’océan », a-t-il déclaré, ajoutant que ces combattants « évoquent des raisons qui justifient leur position actuelle ». Il a insisté : « Il y a des causes internes qui expliquent ce qui se passe à l’Est de notre pays. Même l’intrusion du Rwanda en RDC n’est pas une cause en soi, c’est un effet des causes connues de tous mais dont on ne veut pas parler. »
L’opposant a également dénoncé la focalisation exclusive sur le M23. « Est-ce que c’est le M23 seul qui tue à l’Est ? Non, cela occulte la vérité », a-t-il martelé, rappelant les exactions attribuées aux Forces démocratiques alliées (ADF), aux miliciens de la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO) en Ituri et à d’autres groupes armés actifs dans la région.
« Tous les acteurs impliqués dans l’insécurité à l’Est doivent prendre part à ce dialogue », a-t-il insisté.
Sur les conditions d’un dialogue véritablement inclusif, Kabund estime que « la balle est dans le camp du pouvoir ». Il appelle notamment à « la libération des prisonniers politiques », au « retour des exilés » et à l’ouverture de l’espace politique. Il a précisé qu’il serait « logiquement et matériellement difficile » d’organiser un dialogue à Kinshasa dans le contexte actuel, marqué par des tensions et des menaces envers certains opposants.
Interrogé sur le mouvement Sauvons le Congo, initié par l’ancien président Joseph Kabila, Kabund a rappelé que « Kabila est libre en tant qu’acteur politique et opposant de dire ce qu’il pense et de faire ce qu’il peut faire ». Il a toutefois exclu tout retour à la magistrature suprême pour l’ancien chef de l’État : « Il a déjà accompli ses deux mandats et ne peut pas revenir aux affaires comme président de la République », tout en reconnaissant son rôle potentiel sur la scène politique nationale.
Enfin, le président de l’Alliance pour le Changement et de la Coalition de la Gauche Congolaise a appelé à une implication plus ferme de la communauté internationale afin de mettre la pression sur le président rwandais Paul Kagame pour le retrait des troupes rwandaises du Congo.
Mathieu Kayemba







