En marge de la Conférence de Munich sur la sécurité, le prix Nobel de la paix a exprimé son amertume face à la place marginale accordée à la crise en République démocratique du Congo. Dans un entretien accordé au quotidien allemand Die Tageszeitung, Denis Mukwege a dénoncé une forme de hiérarchisation des conflits sur la scène internationale, rappelant que la guerre qui frappe son pays depuis près de trois décennies a causé des millions de morts. « Il n’y a pas de hiérarchie dans la souffrance », martèle-t-il.
Réagissant aux propos du président américain affirmant avoir contribué à mettre fin aux tensions entre Kinshasa et Kigali, le médecin congolais juge ces déclarations éloignées de la réalité du terrain. Selon lui, malgré les annonces diplomatiques, les violences persistent et les populations civiles continuent d’en subir les conséquences dramatiques.
Fondateur de l’Hôpital de Panzi, Mukwege appelle à la mise en œuvre effective des résolutions internationales, notamment celles exigeant un cessez-le-feu immédiat ainsi que le retrait des forces étrangères et des groupes armés. Il plaide pour une initiative diplomatique élargie, fondée sur l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, qu’il considère comme une base crédible pour une sortie durable de crise. À ses yeux, le conflit congolais ne peut être dissocié des enjeux économiques liés à l’exploitation des ressources minières stratégiques.
Le lauréat du Nobel se montre également sévère à l’égard des autorités congolaises. Il estime que l’absence de réformes structurelles, notamment au sein de l’armée et de la justice, entretient un climat d’impunité propice à la poursuite des exactions. Il alerte par ailleurs sur l’intensification des violences sexuelles et sur une situation humanitaire alarmante, marquée par des millions de déplacés et une insécurité alimentaire croissante.
Malgré la gravité du constat, Denis Mukwege se refuse au fatalisme. Il demeure convaincu qu’une mobilisation internationale est possible, à condition qu’elle se traduise par des actions concrètes. « Personne ne peut plus prétendre ne rien savoir », affirme-t-il, exhortant la communauté internationale à transformer les engagements en décisions effectives.
Loule Kitoko







