Les appels en faveur de la convocation d’un dialogue national inclusif se multiplient, tant sur le plan national qu’international, dans l’espoir de trouver une issue durable à l’instabilité sécuritaire persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo. Face à cette pression croissante, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, s’est déclaré favorable à l’organisation de tels pourparlers entre Congolais, le samedi 31 janvier dernier, tout en y assortissant certaines conditions.
Dans un entretien exclusif accordé à Afrik-info.cd ce mardi 3 février, Alex Welo, président exécutif national du Cadre de concertation des droits humains en RDC et rapporteur spécial sur les droits de l’Homme au Congo-Kinshasa, salue cette ouverture du Chef de l’État et apporte son soutien aux préalables posés, tout en livrant une analyse approfondie des enjeux liés au dialogue national, à la justice transitionnelle et à la protection des droits humains, dans un contexte marqué par des violences récurrentes et une crise humanitaire aiguë.
Pour cet acteur de la société civile, l’annonce présidentielle constitue un signal positif. « En tant que défenseurs des droits humains, nous ressentons une joie et une satisfaction de voir une ouverture de l’espace politique, indispensable à la construction d’une paix durable, au développement et au vivre-ensemble des Congolaises et des Congolais », déclare-t-il, tout en rendant hommage au Président de la République qu’il qualifie de « premier défenseur des droits humains ».
Toutefois, Alex Welo émet des réserves sur l’exclusion des groupes armés du processus. Selon lui, cette position risque de réduire les chances d’une paix durable, la crise actuelle étant à la fois humanitaire et sécuritaire. Il appelle ainsi le Chef de l’État à faire preuve de souplesse, en associant à la table des discussions les responsables de l’opposition armée, d’autant plus que des échanges existent déjà dans des cadres internationaux, notamment à Doha. Il insiste néanmoins sur la condamnation ferme des atrocités commises par ces groupes et souligne le rôle central des FARDC, des Wazalendo et de la Police nationale congolaise dans la défense de l’intégrité territoriale.
Sur la question de la justice, Alex Welo partage l’idée selon laquelle le dialogue ne peut se substituer aux poursuites judiciaires. Il plaide pour un renforcement du suivi des enquêtes, ainsi que pour la prise en compte des recommandations formulées par les activistes des droits humains, en particulier ceux vivant dans les zones occupées ou contraints au déplacement. Il va plus loin en appelant le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) à émettre des mandats d’arrêt internationaux contre les auteurs de graves violations des droits humains et de crimes contre la paix et la sécurité du peuple congolais.
Concernant l’organisation du dialogue sur le sol congolais et sous la conduite des institutions de la République, Alex Welo estime que cette option peut renforcer la confiance des citoyens, à condition qu’elle soit formalisée par une ordonnance présidentielle. Un tel cadre juridique permettrait, selon lui, de réunir les Congolais autour d’une même table afin de consolider la cohésion nationale, l’unité, le patriotisme et la bonne gouvernance, dans le respect des valeurs humaines et des institutions reconnues.
La société civile, affirme-t-il, devra jouer un rôle central. Le Cadre de concertation des droits humains en RDC entend se positionner comme un arbitre citoyen, veillant à ce que les victimes ne soient pas marginalisées. Il appelle également à l’application intégrale de la résolution 2773 des Nations Unies, relative à la crise sécuritaire et humanitaire en RDC.
Alex Welo soutient par ailleurs les préalables posés par le Président de la République, notamment la sécurité, l’arrêt du soutien aux groupes armés et le retrait des forces étrangères. Il rappelle que tout État membre des Nations Unies est tenu de respecter la souveraineté de la RDC, acquise depuis le 30 juin 1960, conformément aux chartes des Nations Unies et de l’Union africaine.
La prise en compte de la voix des victimes demeure, selon lui, un enjeu majeur. Les défenseurs des droits humains doivent participer pleinement à toutes les étapes du dialogue, afin d’intégrer les témoignages des victimes vivant dans les territoires occupés, des déplacés internes et des réfugiés installés notamment au Burundi, en Ouganda, en Tanzanie ou au Kenya.
Pour éviter tout compromis politique au détriment de la justice et de la dignité humaine, Alex Welo insiste sur l’engagement de toutes les parties à appliquer les résolutions issues du dialogue. L’objectif, rappelle-t-il, doit rester la reconstruction de la cohésion nationale, de l’unité, du patriotisme, de la bonne gouvernance et du partage équitable des richesses. « La RDC, pays de Lumumba, n’est ni à vendre ni un gâteau à partager », martèle-t-il.
Enfin, s’agissant de l’efficacité du dialogue face à l’instabilité sécuritaire persistante, Alex Welo estime que celui-ci ne peut constituer qu’une première étape. Il préconise un processus en trois phases : un dialogue national inclusif en RDC, suivi d’une conférence internationale sur la paix et la sécurité dans la région des Grands Lacs, puis l’organisation d’un colloque international aux Nations Unies visant à la mise en place d’une cour internationale spéciale. Cette juridiction permettrait d’identifier les auteurs de crimes graves et de garantir une justice transitionnelle effective pour les victimes depuis 1987 dans l’Est du pays.
Mathieu Kayemba







